LE MEXIQUE de Luis BUÑUEL

Luis Buñuel , né en Espagne en 1900 et mort au Mexique, à Mexico, en 1983 , est considéré comme un des réalisateurs les plus importants et les plus originaux de l’histoire du cinéma. En raison de ses convictions politiques et de la censure imposée par le régime franquiste, il a préféré s’exiler et travailler en France, aux USA ou au Mexique où il s’est installé définitivement à partir de 1946 et dont il a pris la nationalité en 1949. Sur ses trente deux films au total, il en a tourné une vingtaine dans ce pays.

Dans son livre de mémoires écrit en 1982 « Mon dernier soupir » (éd. Robert Laffont), avec l’aide de son ami et scénariste préféré, Jean-Claude CARRIÈRE, il fait part de ses observations et de ses analyses sur ce pays entremêlées d’anecdotes sur le tournage de certains de ses films ( Los Olvidados, Suzana, Robinson Crusoé ou EL, entre autres).

Il n’était évidemment pas possible de tout retranscrire de son chapitre consacré au Mexique mais d’en relever les remarques les plus savoureuses pour des lecteurs d’aujourd’hui.

« L’usage fréquent du pistolet n’est pas propre au Mexique. Il est répandu dans une grande partie de l’Amérique latine, en particulier en Colombie. Il y a des pays, dans ce continent, où la vie humaine –la sienne et celle d’autrui- a moins d’importance qu’ailleurs. On peut tuer pour un oui , pour un non, pour un regard de travers, ou même simplement « parce que j’en avais envie ».Les journaux mexicains , chaque matin, offrent le récit de quelques faits divers qui étonnent toujours les Européens. Par exemple, parmi les cas les plus curieux : un homme attend tranquillement l’autobus. Arrive un autre homme qui lui demande un renseignement.  « Passe-t-il  un autobus qui aille à Chapultepec ? – Oui, répond le premier – Et pour aller à tel endroit ? – Oui, répond l’autre. – Et pour aller  à San Angel ? – Ah non », répond l’homme interrogé. « Eh bien, lui dit l’autre, voilà pour les trois. » Et il lui tire trois balles dans le corps, le tuant raide, comme aurait dit André Breton, un acte surréaliste pur…

Je confesse au passage que j’ai toujours aimé les armes, depuis mon enfance. Au Mexique, jusqu’à ces dernières années, j’en portais toujours une avec moi. Encore faut-il préciser que je ne m’en suis jamais servi contre mon prochain.

En outre, comme on parle souvent du machismo mexicain, peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que cette attitude « virile « , et par voie de conséquence la situation de la femme au Mexique, ont une origine espagnole qu’il ne sert à rien de dissimuler.